Le parc de Maisons-Laffitte : une histoire de château et de chevaux.
L'histoire du domaine débute avec René de Longueil (1596-1677), haut magistrat au Parlement de Paris, qui fait édifier à partir de 1630 un château digne de son rang sur les terres familiales de Maisons-sur-Seine. Il en confie les plans à l'architecte François Mansart. Achevé au milieu du XVIIᵉ siècle, ce chef-d'œuvre de l'architecture classique française devient le cœur d'un vaste domaine de plusieurs centaines d'hectares.
Jacques Laffitte et la naissance du parc résidentiel
Le tournant décisif intervient en 1818, lorsque le banquier Jacques Laffitte acquiert le Grand Parc de l'ancien domaine du maréchal Lannes. Confronté à des difficultés financières, il décide en 1834 d'en lotir une grande partie afin de créer « une ville composée de maisons de campagne ». Les parcelles sont vendues à des particuliers, tandis qu'il conserve les boulevards, places, avenues et réserves boisées.
Soucieux de préserver l'harmonie du site, Jacques Laffitte accompagne son projet d'un cahier des charges particulièrement précis, toujours en vigueur aujourd'hui, qui garantit le caractère résidentiel et paysager du parc. Les premiers acquéreurs sont principalement des Parisiens venus rechercher le calme, la verdure et le bon air.
Dans la partie orientale du Parc, Laffitte fait dessiner un ensemble d'avenues rayonnantes organisé autour d'une place baptisée Place Napoléon. Les voies portent le nom de batailles et de lieux associés à Napoléon Ier, l'ensemble évoquant la forme de la Légion d'honneur et constituant un hommage original à l'Empereur.
La « Cité du Cheval »
Le destin équestre de Maisons-Laffitte trouve son origine avec le comte d'Artois, futur Charles X. Passionné de chasse et de courses hippiques venues d'Angleterre, il acquiert le château en 1777 et fait restaurer, dès 1779, les écuries qui accueillent son « écurie anglaise ». Les chevaux sont entraînés sur les prairies en bord de Seine.
En favorisant le développement des courses de chevaux à l'anglaise en France, le comte d'Artois contribue à faire de Maisons-Laffitte un haut lieu de la tradition équestre. Après son départ en 1784, ses écuries passent entre plusieurs propriétaires avant que Jacques Laffitte, puis les entraîneurs de la fin du XIXᵉ siècle, ne façonnent progressivement un véritable centre d'entraînement.
L'ouverture de l'hippodrome en 1878, entouré de pistes et d'écuries spécialisées, marque une étape majeure. Le tournant se confirme en 1898, lorsque des accords entre entraîneurs et l'ASP donnent au Centre d'entraînement sa forme définitive, avec la piste Jacques Laffitte comme cœur battant du domaine. Cette vocation équestre fait encore aujourd'hui la renommée de Maisons-Laffitte.
Un lieu de villégiature recherché
Pendant plus de 150 ans, le Grand Parc devient un lieu de villégiature prisé par une clientèle fortunée issue des milieux d'affaires, des arts et du spectacle. De nombreuses personnalités y élisent domicile, contribuant à son prestige.
L'homme d'affaires américain Frank Jay Gould en devient le syndic en 1913 et finance, en 1920, la construction de l'église anglicane Holy Trinity Church destinée à la communauté britannique.
L'Aga Khan, l'un des plus grands propriétaires et éleveurs de chevaux de course du XXᵉ siècle, possède une propriété avenue La Fontaine.
Le couturier Jacques Fath y établit également sa résidence, renforçant le rayonnement mondain du parc.
Jean Cocteau passe son enfance place Sully avant de devenir l'un des artistes et écrivains français les plus marquants du XXᵉ siècle.
D'autres écrivains, comme Roger Martin du Gard, sont également liés à l'histoire du parc. Guy de Maupassant immortalise quant à lui son charme bucolique dans sa nouvelle "L'Héritage" (1884), où il évoque une promenade printanière dans les allées de Maisons-Laffitte.
Aujourd'hui, le Parc s'étend sur près de 60 % de la superficie de Maisons-Laffitte et bénéficie d'une protection au titre des monuments historiques et des sites (terrains, demeures, avenues, places et réserves boisées). En parcourant ses allées, vous découvrirez un lieu où les chevaux font pleinement partie du paysage : ici, ils sont prioritaires. Près de 6 km d'allées cavalières traversent ce vaste domaine, offrant un spectacle quotidien unique, entre les chevaux de course rejoignant les pistes d'entraînement et les chevaux de selle prenant le chemin de la forêt de Saint-Germain-en-Laye. Elles longent notamment la célèbre ligne droite de l'hippodrome, la plus longue piste d'Europe, véritable emblème de la tradition hippique de la ville. Les Carrières de l'Hippodrome, qui s'étendent sur 2,6 hectares entièrement consacrés à la pratique du sport équestre, accueillent tout au long de l'année entraînements, compétitions et animations, en accès libre.
Au fil de votre balade, le site révèle toute la richesse de son identité. Entre patrimoine architectural d'exception, paysages préservés et tradition équestre toujours bien vivante, il invite à découvrir un art de vivre unique. Ses élégantes demeures perpétuent le souvenir d'une époque où la ville figurait parmi les lieux de villégiature les plus prisés de la région parisienne.

